Il est trois heures du matin, l'heure d'aller se creuser sa place sous les draps. Une dernière page, un dernier lien hypertexte. Et Cyril est mort.

 

Il fallait en parler sur ce blog. C'est Cyril qui m'avait inspiré pour le créer, lui qui était mon seul lecteur, lui qui me prodiguait ses encouragements. J'ai quelques figurines qui attendent d'être montrées sur ces pages. Et j'attendais encore et encore, d'avoir fini telle ou telle unité, de pouvoir présenter cinq bonshommes de telle ou telle faction. Et toujours, j'imaginais Cyril en juge de mes peinturlurages, admiratif que je suis de ce qu'il fait, avec l'espoir un peu vain de pouvoir un jour être sélectionné dans son best-of, non pour ce que j'écris, mais pour ce que je peins. Si l'envie de conserver ce blog est encore présente, c'est uniquement grâce à lui.

 

Cyril tricératops

 

On ne se connaissait pas dans « la vraie vie ». Seulement dans cette -faussement fausse- vie numérique. Et pourtant j'ai l'impression que c'est un copain qui part, que je connaissais en ne pouvant peut-être même pas le reconnaître dans la rue. J'avais espéré le rencontrer un jour qu'il serait monté à Paris.

 Sans doute une de ses réalisations que je préfère.

 

Pour ceux qui ne le connaissaient pas, Cyril Tuloup était un jeune peintre talentueux de 21 ans, étudiant en philosophie, amoureux de la montagne, des dinosaures et de la couleur. Il avait le projet d'écrire un livre de de philosophie sur l'esthétique particulière de la figurine, pour lequel il m'avait contacté. Par mail et nos blogs, nous étions un peu en relation. Avoir un comparse étudiant en philosophie et peintre, c'était plutôt quelque chose d'extraordinaire à mes yeux.

 Le traitement des métaux, superbe.

 

Cyril a fait vivre un blog important pour notre petit microcosme. Toutes les semaines il recensait les plus belles pièces parues sur la toile, ses coups de cœurs, il publiait ses articles de sculpture, de peinture, d'exploration de la faune préhistorique, de réflexion sur la montagne. Et toujours à vouloir insuffler de la vie, de la beauté et de la spiritualité dans tous ces domaines. Je ne vais pas mentir, je ne comprenais pas toujours cette exaltation et son regard extatique sur le monde. Venant d'un philosophe en herbe, c'était d'autant plus incompréhensible.
Et pourtant, ça me manquera. Ce clic qui nous reliait à son univers, au creux de sa main contre la paroi, à la sensation des montagnes qui respirent. A l'odeur du soleil qui se lève, aux corps mis à l'épreuve, au monde éprouvé. Et ces caractères, cette vie si insaisissable et pourtant peinte avec talent sous nos yeux par ces mots. Comme de petits observateurs logés dans les parois et qui regarderaient la progression du grimpeur.

 

Ces parois au pied desquelles tu t'es éteint. Et les mots manquent pour décrire le ressenti de ce vide, cette tristesse.


Au revoir Cyril, en attendant de se retrouver, ailleurs peut-être, un jour, pour enfin partager ce verre que j'avais imaginé, que je puisse relire ce livre tant attendu, serrer la main de celui qui nous a tous motivé. Puisse ton œuvre en ce monde être pérenne. J'espère que, là où tu es, tu as enfin trouvé la paix que tu cherchais au cœur de ces montagnes. Et, léger comme l'air, sourire aux lèvres, de cheminer vers l'autre rive...


Cyril